2015 Birmanie – Thailande – Laos – Cambodge


Notre premier “grand” voyage

Au vu de la période de l’année (octobre 2015 à février 2016), nous choisissons l’Asie du Sud-Est comme destination. Nous fixons le lieu de départ du voyage, Mandalay en Birmanie et le lieu d’arrivée, Koh Samui en Thaïlande.

Birmanie

Voici à quoi ressemble une journée type en Birmanie.

Nous nous levons à 6:00 pour aller dégoter un bouiboui qui sert des espèces de chouros dans la rue. Ce réveil matinal nous permet de ne pas trop souffrir de la chaleur.

Sur la route, nous dépassons de nombreux side-cars et des cacolets poussifs. Mais nous nous faisons aussi dépasser par toutes sortes d’engins motorisés plus chargés les uns que les autres.

A 10h, nous avons déjà bien roulé, et apprécié les routes fraichement goudronnées avec du bitume chauffé au feu de bois par les sympathiques birmans. Nous méritons notre première pause: un thé bien chargé en lait condensé.

Après avoir encore roulé quelques heures, c’est le moment de choisir un restaurant puis notre dîner en guignant dans les casseroles et en montrant du doigt ce que l’on aimerait goûter. Nous espèrons que le contenu est frais du jour.

On repart sur la route, sous le soleil brûlant en répondant aux traditionnels “hello, where do you go?“.

En fin d’après-midi, nous trouvons un logement qui nous coûte entre 7 et 25 francs pour un lit avec ou sans draps propres. Sous le ventilateur, on attend impatiemment 18:00 pour aller souper. Finalement à 19:30, on s’endort en pensant déjà au bon petit déjeûner du lendemain matin.

En 2015, la Birmanie est aux mains de la Junte, le parti d’Aung San Suu Kyi fait activement et bruyamment sa promotion. Nous croisons régulièrement des chars qui font campagne. Voir des touristes est encore inhabituel pour les birmans, surtout lorsque ceux-ci se déplacent en vélo. Ce mode de déplacement n’est pas clairement légiféré pour les touristes, les militaires nous regardent bizarrement aux checkpoints. En revanche, nous n’essayons pas de faire du camping sauvage. Nous ne voulons pas attirer les ennuis et notre budget, pas trop serré, nous le permet. De toute façon, tout au long du voyage, nous ne sortirons que rarement la tente. Avec le climat chaud et humide, nous sommes heureux de trouver, au pire, un baquet et une ventilation et, au mieux, une douche et une climatisation.


Thaïlande du Nord

De la frontière Birmane, nous voulons rejoindre le Nord du Laos en traversant le Nord de la Thaïlande.

Nous choisissons l’itinéraire le moins direct mais le plus sauvage. Les premières montagnes de Thaïlande nous ont remis à l’ordre et nous avons sauté dans un pick-up pour arriver à bout des montées en terre battues face à la pente. A Mae Sariang, nous avons fait une pose bien méritée, pris soin de nos corps avec un massage et de nos vélos qui commencent à craquer. D’ailleurs, on a eu notre première crevaison peu après. On s’habitue à la Thaïlande, avec des routes plus propres, moins bruyantes, mais un peu à contre-coeur, nous avons aussi troqué les thés birmans contre des bubble tea.

Dans le district de Mae Hong Son, nous avons eu beaucoup d’attractions à visiter. A Khun Yuam, nous avons rencontré la police locale qui a nous a proposé de monter au sommet d’une montagne pour admirer des champs de fleurs. Nous en avons profité pour emmener nos vélos, afin de s’offrir une belle descente! A Mae Hong Son, nous avons voulu reposer nos jambes car nous savions que trois beaux cols nous attendaient. Notre arrêt suivant était dans la région de Pangmapha qui est connue pour ses grottes. Nous avons pris un guide pour en visiter trois. Nous avons rampé dans la terre et dans une rivière pour nous enfoncer dans les souterrains. Nous avons pu admirer de belles chauves-souris, un gros serpent et une énorme araignée. A la nuit tombée, des milliers d’hirondelles sont venues se réfugier et quelques minutes plus tard, des milliers de chauves-souris ont pris leur envol pour leur chasse nocturne. Superbe spectacle!

Au final, malgré les avertissements trouvés sur internet la traversée de la province de Mae Hong Son n’était pas si difficile.

Au moment de quitter la Thaïlande, nous pouvons résumer une journée type ainsi: d’abord nous déjeûnons dans la rue une soupe de nouille, ça tient bien mieux au ventre que les deux toasts servis dans les guest houses. Ensuite, on prend la route. Attention ici on roule à gauche, il ne faut pas se faire avoir aux ronds-points. Souvent, on ne trouve pas de café pour la pause du matin, alors on s’arrête pour dîner dès que l’on trouve un “restaurant”. A ce rythme, et avec nos jambes bien entraînées, on arrive à notre destination en début d’après-midi. On a du temps pour boire un bubble tea et visiter le marché. Le soir, on se régale d’un curry vert et d’un poulet aux noix de cajoux.

Laos

Juste avant la frontière nous avons rencontré et roulé avec Alan Bate. C’est lui qui détenait le record du guiness book du plus rapide tour du monde à vélo (106 jours, soit 278km par jour en moyenne).

Ensuite, nous avons traversé le Mekhong et atteint le Laos. Il faut à nouveau prendre l’habitude de rouler à droite, se familiariser avec les liasses de billets laotiens, se renseigner sur les prix et apprendre le vocabulaire de base (bonjour, eau, merci, riz collant, poulet, combien?). A l’approche des villages, gare aux cochons, canards, dindes, poules, chèvres, vaches et chiens qui occupent la route.

A court de chambres à air, on change donc d’itinéraire pour viser Luang Prabang, une ville inscrite au patrimoine de l’UNESCO. De son passé de protectorat français, la ville a gardé une culture de la baguette, on apprécie la pause et nos premiers pains frais depuis 2 mois.

Une nuit dans une guest house: nous arrivons en début d’après-midi, l’ambiance est déjà chaude au restaurant voisin. Elle devient brûlante, lorsqu’un animateur de karaoké arrive avec ses enceintes (posées sur le pont de son pick-up) dans la cour de la guest house. Les meubles tremblent. Heureusement, à 20h la musique cesse mais nos oreilles bourdonnent. Minuit, un petit rat donne des coups de tête dans la poubelle qui bouche son trou. Il a le droit à une bonne giclée d’anti-moustique et nous laisse en paix jusqu’à 5h du matin. Sinon, on a fait de très belles étapes hors des axes touristiques pour rejoindre Vientiane et fêter nos 3000km.

On sort des sentiers battus pour éviter les grands axes touristiques. On a rejoint la piste Hô Chi Minh, copieusement bombardée dans les années 1970. Les sous-munitions continuent à faire des victimes de nos jours et il est recommandé de ne pas s’aventurer hors des routes. Les conséquences qui nous concernent plus directement sont que le pont et la bonne piste d’avant-guerre sont remplacés par un bac et une piste ensablée et défoncée. Nous voici marchant dans la jungle à côté de nos vélos. Heureusement, nous avons pu camper devant une hutte et nous faire offrir une racine de manioc à ronger pour le souper.

Nous terminons notre traversée du Laos en montant sur le plateau des Bolovens où les laos sont en pleine récolte du café. Puis nous visitons quelques-unes des 4000 îles du Mekong. Prochain rendez-vous au Cambodge!

Cambodge

On a passé la frontière… en y laissant quelques dollars aux douaniers et contrôleurs médicaux des deux pays, comme le veut la “procédure”. On y a rencontré un cycliste allemand roulant dans son pantalon de cuir traditionnel, soit disant agréable, mais apparemment pas très adapté à la température asiatique. C’était l’occasion de partager le trajet et des conseils. Arrivés à la première ville après la frontière, nous avons étudié la carte et choisi l’option de rejoindre les temples d’Angkor en bus.

Nous regrettons les routes laotiennes. Il y a beaucoup de traffic, de klaxons, des 4×4 qui roulent trop vite, un petit vent de face. Nous fêtons Noël dans une petite ville de la rive Sud du lac Tonle Sap. Notre veillée de Noël est étrange, nous appelons nos familles, nous mangeons un poulet à l’ananas et une viande inconnue au gingembre, buvons une bière et partons au lit.

Le lendemain, nous visitons une ville flottante, les maisons, garages, magasins, poulaillers sont construits sur des radeaux et déplacés par des bateaux. C’est pratique quand on en a marre du voisin! Arrivés au bout du lac, on se dit qu’on a besoin d’une pause et d’un changement de paysage pour fêter nos 4000km. Un mini stop à Phnom Penh puis on prend la direction du bord de mer en bus.

Après cinq jours de vacances à Kampot pour fêter Nouvel-An et soigner une infection urinaire, nous reprenons la route, frais comme des crevettes. Un premier stop nous amène à Sihanoukville et ses plages débordantes de touristes qui récupèrent du réveillon. Le lendemain, nous retrouvons notre collègue cycliste allemand, il va nous accompagner jusqu’à Koh Kong, sur de belles routes vallonnées qui traversent jungle et rivières. Ce calme nous réconcilie avec les routes cambodgiennes, mais pas pour longtemps: nous rejoignons déjà la Thaïlande.

Thaïlande du Sud

L’objectif des 5000 km est atteint! Nous avons vaincu, non sans peine, les pentes très très raides de l’île KohKut. Là-bas, nous avons troqué le vélo contre une paire de palmes, masque et tuba .

Bangkok c’est sûr, on ne veut pas y poser une roue! Deux choix s’offrent alors à nous: éviter la ville par le sud en roulant et en sachant que les paysages seront cachés par les villes et les autoroutes, ou faire tout le contournement en train avec un changement à la gare centrale de Bangkok. Vu que nous ne sommes pas pressés par le temps et pour éviter le stress du train avec nos bagages encombrants, nous avons opté pour la route. Malgré tous nos efforts pour prendre les plus petites routes, nous n’avons pu échapper aux zones industrielles, aux slaloms entre les bassins d’élevage de crevettes, aux odeurs d’égouts et à quelques tronçons de routes à gros (très gros) trafic. Nous avons donc fait l’expérience de la 4 voies chargée, ou nous devions rouler sur “la bande d’arrêt d’urgence” tout en évitant les quelques motos qui arrivent en sens inverse. En cours de route, un câble de vitesse nous a lâché. Le premier mécanicien de scooter, sûr de lui, a démonté la poignée de vitesse, sans s’y connaitre, et a transpiré au remontage, le deuxième a huilé le tout, et le troisième a repris tout le boulot.

Il faut encore noter une nuit dans un “love” motel. Comme nous ne trouvons pas d’hôtel c’est un gentil policier qui nous y amène. On paie la chambre à l’heure et on bénéficie de l’odeur de cigarette froide et d’un mobilier atypique…

Après ce stress de la grande ville, il nous faut nettoyer nos yeux, poumons et oreilles. Direction le plus grand des parcs nationaux de Thaïlande. Arrivés au camping, nous nous enfonçons directement dans la jungle pour voir des singes, des écureuils géants, des papillons et oiseaux multicolores. Enthousiasmés par ces découvertes, nous n’avons pas eu le coeur de quitter ces montagnes et nous avons prolongé la traversée de la jungle et des champs d’ananas par des pistes.

De retour sur la côte, nous profitons des plages pour nous rafraîchir, ou plutôt nous rincer, vu la température de l’eau. Après une série de longues étapes, nous prenons le large pour aller sur Koh Tao.

Les belles plages du golfe de Thaïlande continuent de défiler sous nos roues. Mais contrairement à celles des îles, on y croise presque personne. Nous avons une nouvelle indication de la fin du voyage et des nombreux kilomètres parcourus: un pneu s’est déchiré.

Nous avons atteint notre destination! Nous terminons notre voyage sur l’île de Koh Samui, le disneyland de la Thaïlande. Les touristes en masse y visitent une Thaïlande occidentalisée et y dégustent un curry qui manque de piquant…. Nous arrêtons le compteur à 6649km.

Commentaires

Nous avons choisi l’Asie du Sud-Est pour les paysages variés: jungle, montagne, bord de mer et pour nos papilles. Nous n’avons pas été déçus. La Birmanie et le Laos nous ont permis d’avoir la dose d’aventure que l’on cherche dans nos voyages. La Thaïlande est bien plus occidentalisée. En alternance avec les deux autres pays, c’était une pause bienvenue et le plaisir de rouler vite sur de belles routes et même des pistes cyclables.

Le Cambodge, c’était un pays à part. Nous n’avons pas su trouver les clés pour y avoir du plaisir, ni sur les routes, où les gros 4×4 des habitants les plus aisés ont la priorité sur tous les autres véhicules, ni dans nos contacts avec les locaux.

Si il faut trouver un détail pour mitiger notre enthousiasme, il vient de nos compatriotes occidentaux. Nos étapes se mélaient parfois à celles des jeunes backpackers venus dans ces contrées pour faire la fête à moindre coût. Certaines villes étaient complètement dédiées à ces voyageurs et leurs besoins: bar avec “happy hours”, drogues douces, pizza et hamburgers aux menus. Nous n’avions pas plus de plaisir à croiser les nombreux “sugar daddy”, de vieux occidentaux que l’on retrouve aux bras de jeunes filles.